Les Ecologistes de l'Euzière et
l'interprétation du patrimoine

Luc David*

* Luc David est responsable du secteur Interprétation au sein de l'association «Les Ecologistes de l'Euzière". L'association rencontre chaque année 10 000 personnes en médiation directe. C'est cette activité de médiation qui a conduit les permanents de l'association à pratiquer l'interprétation en centrant leur démarche sur la connaissance du public et de ses attentes.

Avant tout : écoute et dialogue

Faut-il chercher une définition péremptoire de l'interprétation ? Le numéro 61 de la Lettre de l'OCIM abordait cette problématique de manière détaillée et y apportait de multiples réponses. Cependant, à partir des premières indications de F. Tilden en 1957 (1 : «Interpreting our heritage». University of North Carolina Press), sur la philosophie, les concepts et les principes de l'interprétation, nous serions tenté de la définir de façon plus globale, comme la rencontre entre :
- la créativité,
- la pertinence, la rigueur scientifique des contenus
- une méthodologie éprouvée,
- et, essentiellement, la capacité de l'interprète à écouter et «guider» le public, à accompagner et parfois convaincre les commanditaires et à progresser en collaboration avec les partenaires techniques.

Etre au contact du public

Depuis 1974, la vocation de notre association est d'accompagner les gens dans la nature et de leur faire partager notre plaisir de vivre à son contact. Chaque année, nous rencontrons au cours des sorties, des animations, des formations, des conférences, plus de 10 000 personnes d'âge varié, dans des de contextes sociaux ou professionnels extrêmement divers.
La «légitimité» (si besoin est) de nos interventions dans le domaine de l'interprétation repose directement sur cette source originelle que constituent, par exemple, les questionnements d'un agent territorial, les réactions d'un écolier de quatre ans, les comportements des vacanciers, les représentations de la nature d'un viticulteur L'expérience de ces 25 années de médiation active, où l'évaluation est relativement immédiate, nous a permis de déchiffrer ces interrogations et de pouvoir analyser aujourd'hui l'évolution de la demande sociale tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Ainsi, la conception de chacun de nos panneaux d'interprétation, ou de nos équipements muséographiques se nourrit-elle de cette «substantifique moelle». Cette confrontation permanente avec le public permet également de tester des équipements et de valider, ou non, rapidement leur fonctionnement mécanique et intellectuel.

Typologie du public ou prise en compte de contextes différents ?

Plutôt que tenter de prendre en compte le public selon une typologie classique plus ou moins détaillée - grand public, scolaires, 3ème âge ou «homme, 35 ans, 3 enfants, technicien supérieur à EDF, habitant à Dunkerque», il semble plus pertinent, dans une démarche d'interprétation, de s'intéresser au contexte, à l'état d'esprit dans lequel se trouve le visiteur. Par exemple, dans le cadre d'une offre de circuits de découverte faite dans le cadre d'une labellisation «nature» des gîtes audois -, se demander ce que l'usager recherche :
- un circuit à pied depuis son gîte ?
- un circuit pédestre distant de moins de 20 kilomètres de son lieu de résidence ?
- un circuit en voiture ?
ou bien :
- se dégourdir les jambes vingt minutes et s'imprégner du lieu en arrivant ?
- une balade d'une demi-journée ?
- une randonnée de 15 kilomètres ?
ou bien :
- parcourir les crêtes ?
- marcher à l'ombre le long d'un ruisseau ?
- embrasser de grands espaces ?
- bartasser (1) dans la garrigue ?
- flâner en forêt ?
ou bien encore :
- participer à une balade guidée ?
- suivre un sentier bien balisé avec des panneaux d'interprétation ?
- partir seul avec des documents ?

Ainsi, l'interprétation doit être plutôt adaptée à un cas de figure, une demande, qu'à un public type.

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