Le 13 mai aux Matelles (Hérault, France)

Nous étions une quarantaine à
nous retrouver place de la vierge, aux Matelles, par cette très
belle et chaude journée de mai. Des tréteaux garnies
de livres ainsi que des loupes binoculaires étaient le
signe de ralliement.
Deux groupes se sont formés : l'un avec Benoît Garrone,
l'autre avec J-Paul Salasse, et nous sommes allés au pied
des figuiers, à quelques dizaines de mètres, au
bord du Lirou.
Tous étaient très attentifs pour écouter
ce qui ressemble à un conte de fée tant l'histoire
du figuier est à la fois complexe et merveilleuse.
La France possède une seule espèce de figuier, parmi
les 700 qui existent dans le monde. Il pousse sur les vieux murs,
dans les rochers et a besoin d'eau pour survivre, ses très
grandes feuilles en témoignent.
La première caractéristique est que le figuier n'a
pas de fleurs extérieures, comme la plupart des autres
arbres, mais ses fleurs sont à l'intérieur de la
figue, 1 000 fleurs par figue ! Les fleurs femelles sont au fond
les plus nombreuses, quelques fleurs mâles se trouvent près
de l'entrée ou de la sortie !
La seconde caractéristique est qu'il y a des figuiers mâles
et des figuiers femelles, séparés parfois de quelques
mètres ou quelques centaines de mètres.
Mais alors, comment la fécondation va-t-elle se faire ?
C'est là qu'entre en jeu ce minuscule insecte de 2 mm :
le blastophage. Sans l'existence de cet insecte, le figuier ne
peut pas se reproduire, et, à l'inverse, sans le figuier
le blastophage ne peut pas assurer sa descendance.
Voici, très schématiquement, comment se déroule
cet étonnant fonctionnement.
Vers le 15 mai les figues du figuier mâle émettent
du pollen ; attiré par celui-ci, le blastophage va pondre
des oeufs dans chaque fleur femelle, environ 200 oeufs, 5 blastophages
se partageront les 1 000 fleurs.
Vers le 10 juillet, les insectes naissent à l'intérieur
des fruits, les mâles avec un gros pénis arrivent
avant les femelles puis les fécondent avant qu'elles ne
sortent de leur galle, et meurent. Les femelles en sortant du
fruit se couvrent de pollen et se dirigent vers le figuier femelle
qui, entre temps, a préparé ses fruits. Elles libèrent
le pollen et permettent de féconder le fruit. Cette figue
sera mûre au mois de septembre, si le fruit n'est pas fécondé
il tombe.
Vers le 15 août, de nouvelles figues apparaissent sur le
figuier mâle, les femelles blastophages encore en vie pourront
y pondre des oeufs, et les larves attendront le mois de mai pour
éclore. Ainsi, la boucle est bouclée, ces fruits
sont appelés «mammes» ou «figues pouponnières».
De retour «au camp de base», nous observons l'intérieur
des figues à la binoculaire. Certains insectes sont morts,
les mâles sont bruns et les femelles sont noirs, ils ont
accompli leur tâche. Mais dans l'une des figues nous assistons,
émerveillés, à la naissance d'un blastophage
femelle qui émerge peu à peu de son cocon et étire
ses ailes. Il n'a pas à chercher la sortie du fruit puisque
la figue a été ouverte par nos soins. D'un seul
coup il s'envole et vient se poser sur ma joue, ce qui me donne
une sensation de chatouillis très agréable, puis
il s'envole de nouveau pour accomplir son uvre de fécondation.
Marie-Laure MAUGER
D'autres
sorties vues par les participants,...
un "week-end" raconté par
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