Les Salades sauvages

LES PLANTES

Dans ces pages, nous considérons comme salade sauvage, toute plante poussant spontanément dans la nature, dont les jeunes feuilles et les jeunes pousses sont consommées "en salade", c'est à dire crues et assaisonnées d'une vinaigrette. Il n'y sera pas question des végétaux consommés cuits, que ce soit sous forme de soupes, de plats d'herbes ou d'asperges.

D'un point de vue botanique, nous remarquons que les plantes qu'on peut manger en salades sont inclassables :
- Elles appartiennent à des groupes systématiques différents ; on en trouve beaucoup chez les Brassicacées et les Astéracées (sous-famille des Chicoracées), mais aussi chez les Portulacacées, Rosacées, Caryophyllacées, ... - Si elles sont toutes ou presque toutes herbacées, elles ont des formes et des types de développement différents : ce sont des plantes annuelles ou vivaces, en rosette ou développant des tiges.
- Elles poussent dans des milieux différents : des pelouses arides de la garrigue aux grasses prairies de fauche.

Le terme de salade definit donc une catégorie culinaire et non botanique : elles sont cueillies pour être mangées crues "en salade".

Cette cueillette est soumise à trois critères. Pour être choisie comme saiade, une plante doit, à l'état cru :
- ne pas être toxique,
- ne pas être trop coriace,
- avoir un goût agréable.

Mais la toxicité d'une plante dépend de la quantité consommée (cf. Rumex pl.35), sa coriacité de l'époque (début ou fin de printemps) et du lieu de cueillette (exposition, type de sol), et son goût est éminemment subjectif (certains fuient I'amertume, d'autres la recherchent). Aussi, I'application de ces trois critères de choix ne peut pas être stricte ; I'ensemble des plantes qu'ils délimitent non plus. Les salades sauvages forment donc un ensemble aux limites floues, dont tout projet de liste exhaustive est illusoire.

Les plantes appartenant à certains groupes systematiques sont a pnon comestibles : les Chicoracées et les Brassicacees (une exception : la Giroflée (Cheiranthus cheiri L,) appartenant à la famille des Brassicacées, est toxlque) ne comptent presqu'aucune plante toxique dans nos régions, et leur coriacité et leur goût sont acceptables.

Dans les enquêtes sur le terrain, les listes des plantes effectivement cueillies s'allongent sans cesse, surtout dans les deux groupes cités ; si bien que, parfois, on en arrive à se demander s'il ne serait pas plus simple de prendre le problème à l'envers, et rechercher plutôt quelles plantes herbacées n'ont jamais été consommées !

Les critères de goût et de coriacité vont forcément hiérarchiser cet ensemble : certaines salades seront particulièrement recherchées et chaque cueilleur a les siennes qu'il considère comme étant les meilleures. Des appellations valorisantes existent pour les désigner : Costelina (Côtelette), Pan del bon Dieu. Les plus convoitées seront mises en culture afin d'en assurer un approvisionnement facile et constant. Cette sélection rejaillira sur le sauvage. Des plantes ressemblantes seront remarquées, nommées à partir des cultivées (cf. noms occitans) et parfois recherchées comme succédanés.
A I'opposé,- d'autres salades seront peu appréciées et affublées de noms dépréciatifs : Potairas (lippe), Morre de porc (grimace, groin de cochon), Engraissa moton ... Enfin, pour certaines, le goût (le plus souvent l'amertume) et la coriacité sont tels, qu'il est difficile de savoir si elles sont ramassées par erreur, pour satisfaire des goûts "originaux", ou ... faute de mieux.

Mais cette sélection n'est ni fixe, ni définitive. Les goûts évoluent : les Brassicacées recherchées au XVI° siècle pour leur goût piquant, sont très peu cueillies aujourd'hui. La culture de certains végétaux est tombée en désuétude (Corne de Cerf, Pimprenelle,...) ; et celle d'autres (Pissenlit au XIX° siècle) est apparue.

 

Dangers et précautions

LES RISQUES PARASITAIRES

Les salades, comme beaucoup d'autres végétaux placés près du sol, peuvent servir de support à des intermédiaires ou à des formes infestantes de parasites. Sans faire un catalogue complet des nsques encourus par les consommateurs de salades sauvages, nous citerons ici quelques maladies qui sont plutôt des dangers potentiels que des risques réels ; toute dramatisation serait donc excessive.

La toxoplasmose

Cette maladie passe, la plupart du temps, inaperçue chez ceux qui la contractent. 80% des adultes de plus de 40 ans ont un jour éIé en contact avec le toxoplasme qui est la forme intermédiaire d'une coccidie (protozoaire parasite) dont I'h6te définitif est le Chat.
Le risque majeur par rapport à cette maladie concerne les femmes enceintes, pendant les trois premiers mois de la grossesse surtout (malformations foetales, avortements). Depuis plusieurs années des dépistages sérologiques, pour déterminer une contamination antérieure, sont effectués systématiquement lors de l'examen prénuptial et de la première visite prénatale.
La contamination est due essentiellement à la consommation de viandes mal cuites (en particulier le mouton) et, en ce qui nous concerne, à celle de végétaux insuffisamment nettoyés ayant pu être en contact avec des excréments de chat.

L'hydatidose multiloculaire ou alveolaire

Souvent appelée echinococcose multiloculaire, cette maladie est due à la larve d'un Ténia : Echinococcus multilocularis dont I'hôte définitif est le Renard, parfois le Chien).
L'hôte intermédiaire normal dans le cycle de ce parasite est un petit rongeur sauvage (Campagnol). En consommant crus des végétaux ou des fruits (fraises, myrtilles, framboises) souillés par les excréments d'un renard parasité, l'homme s'intercale dans le cycle parasitaire à la place de ces petits animaux. La larve peut alors se développer lentement à l'intérieur du foie et le seul recours possible après diagnostic est I'ablation des parties atteintes. Quelques centaines de cas de cette maladie au diagnostic difficile ont éIé rapportés jusqu'à présent en France. La destruction systématique des renards dans I'Est de la France dans le cadre de la lutte contre la rage, a favorisé la venue chez nous de populations de renards d'Europe centrale, porteurs de la maladie. Les départements touchés par ce paraslte sont essentiellement ceux de l'Est de la France, du Jura, du Nord des Alpes et ceux du Nord du Massif Central, où il faudrait donc s'abstenir de consommer crus des végétaux ou des fruits cueillis près du sol.

L'hydatidose kystiaue

Là encore, c'est la larve d'un Ténia : Echinococcus echinococcus (ou granulosus) qui est responsable de cette maladie dont l'hôte définitif est le Chien. C'est par l'intermédiaire d'aliments souillés par cet animal parasité que I'homme (qui remplace le Mouton dans le cycle) peut être contaminé.
Comme dans la maladie précédente, c'est le foie qui en général est atteint : il s'y développe un kyste hydatique qui peut devenir très gros au bout de plusieurs années nécessitant l'ablation de toute la partie touchée.
Cette maladie, contrairement à la précédente est en régression dans notre pays, à part quelques exceptions locales. Elle reste très répandue en Afrique du Nord où des pratiques traditionnelles tendent à maintenir le cycle, par la distribution aux chiens des kystes développés chez le mouton.

La distomatose

La Grande Douve du foie : Fasciola hepatica, provoque cette maladie qui peut se contracter par l'ingestion de larves enkystées sur des plantes aquatiques (Cresson) ou sur des plantes terrestres ayant été inondées à une époque donnée. Absent du Languedoc et de la Basse Provence, ce parasite est fréquent dans toutes les zones d'élevage (Ouest de la France, Centre et Est). Il faut éviter de consommer crus des végétaux dans ces régions-là.

Les nématodoses tissulaires

L'ingestion accidentelle d'oeufs embryonnés d'Ascaris sp. détermine le passage par le coeur et les poumons de larves qui, finalement, parviennent dans I'intestin où elles deviennent adultes.
De même l'ingestion d'oeufs de Toxocara canis, parasite intestinal du Chien, se traduit chez I'homme par l'eclosion de larves qui, erratiques (Larva migrans), envahissent de nombreux organes.

Pour mémoire, nous citerons enfin, l'amibiase et la lambliase (ou Giardose), provoquées par des protozoaires, dont les kystes sont transmis par des salades.


LES POLLUTIONS

Les automobiles La fixation par les plantes du plomb contenu dans les gaz d'échappement, ne présènte un danger qu'aux environs immédiats des routes très fréquentées, risque facile à éviter.

Les traitements agricoles

Il est peu probable qu'on coure un danger mortel en consommant des salades souillées par des insecticides ou des herbicides, même les plus dangereux. Dans une vigne traitée (dans les normes prescrites) à I'arséniate de soude (un des produits les plus dangereux), la dose léthale (DL 50 : DL 50 correspond à une mortalité de 50% des cobayes testés) correspond à une surface aspergée de 5 m2. Il faudrait donc consommer 5 m2 de salades non lavées pour accéder à cette dose. Cependant, dans I'ignorance des quantités fixées et accumulées par les plantes, ainsi que des effets sur l'organisme des doses inférieures à la dose léthale, nous vous invitons a la plus grande prudence.

Abstenez-vous de cueillir dans les vergers (toujours abondamment traités), ou dans les vignes si vous ne connaissez pas les traitements qu'ils ont subis ; les traces d'herbicides et d'insecticides passent très souvent inaperçues.


LES PLANTES TOXIQUES

· Pour éviter les confusions les plus dangereuses, nous avons éliminé certaines Apiacées (Ombelliferes)', faute d'avoir pu proposer un outil de reconnaissance. En effet, dans ce groupe, à côté du Fenouil (utilisé comme fourniture) et de l'Ache, existent des plantes aussi dangereuses que les Cigües et les Oenanthes.
·Parmi les familles auxquelles appartiennent les salades décrites, trois d'entre elles méritent notre attention :
- Les Brassicacées, où il n'existe qu'une plante toxique, la Giroflée Cheiranthus cheiri L., laquelle heureusement, n'a pas l'aspect d'une salade.
- Les Astéracées, chez lesquelles on rencontre un genre (le Séneçon) soupçonné de propriétés cancérigènes, et une espèce : Lactuca virosa nommée Enseladeta fèra, contenant des substances narcotiques (voir pl. 10).
- Les Polygonacées, avec les Rumex (pl. 35 et 36) dont l'abus peut être néfaste aux personnes souffrant de problèmes rénaux.
· Ce travail a été conçu pour permettre d'identifier une salade et pour se prémunir de confusions avec les plantes dangereuses de nos régions méditerranéennes, autres que celles citées précédemment.


LES SALADES :
Chicorée, Arrucat - Faux pissenlit, Salade à la bûche, Patience violon, Pourpier, ...et d'autres se rajouteront bientôt...

Lexique


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