Démarches de la Lutte Biologique (LB) appliquée aux plantes : identifier ; comparer, récolter, tester, lutter sur le terrain
Les étapes de recherche en LB classique sont les suivantes
- 1) identifier l’aire d’origine de la plante envahissante :
bibliographie, visite d’herbiers, consultation de flores, contacts avec
botanistes des pays concernés. De plus, une étude des « similitudes
climatiques » peut être très utile ; elle vise à étudier les données
abiotiques (hygrométrie, températures) de la zone ou la plante
prolifère, et de rechercher à travers le globe les zones qui
correspondent le mieux à ces données. On obtient une carte sur laquelle
on calque la distribution connue de la plante, et on peut alors avoir
une indication pour établir les premières missions d’exploration.
Toutes ces approches ont pour seul objectif de mieux cerner les zones
géographiques les plus adéquats pour rechercher des auxiliaires de LB.
- 2) On établit une liste d’espèces végétales apparentées avec la
plante cible, liste qui est soumise pour approbation à un comité
d’experts aux Etats-Unis. Toutes ces espèces végétales seront utilisées
ultérieurement pour évaluer la spécificité du ou des auxiliaires
sélectionnées (voir 4).
- 3) C’est l’étape de terrain. Quand la plante est trouvée
dans son milieu naturel, on recherche et collecte la faune (insectes,
acariens) et les pathogènes (virus, bactéries, et champignons)
auxiliaires qui peuvent y être associés ; les insectes sont
majoritaires. De nombreuses composantes écologiques sont suivis (impact
de l’auxiliaire, nature du sol, association végétale, etc.) afin de
mieux comprendre le complexe plante/ennemis naturels.

Collecte d’échantillons Photo René SFORZA
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- 4) Les auxiliaires, une fois ramenés à Montpellier sont soit élevés
(insectes, acariens) soit mis en culture (agents pathogènes). Nous
disposons de serres de quarantaine dans lesquelles nous introduisons
toute le matériel vivant prélevé en dehors de France. Puis on met en
place des tests de spécificité, afin d’établir le degré de
spécialisation de l’ennemi naturel pour la plante cible, et des plantes
apparentées. En effet, plus l’ennemi naturel est spécialiste (on parle
de monophagie, voire d’oligophagie), moindre sera le risque lors de
l’introduction future pour que l’ennemi naturel aille s’alimenter sur
d’autres plantes non-cibles (plantes cultivées, plantes protégées,
espèces indigènes). Concrètement on observe le comportement alimentaire
des larves et des adultes ainsi que le comportement et les lieux de
pontes des femelles ; concernant les pathogènes, on étudie les stades
(collet, tige, feuille, graine) d’attaque du pathogène et son impact.

Culture expérimentale Photo René SFORZA
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En parallèle, de ces études de laboratoire, nous mettons en place des
expérimentations similaires au champ dans le pays d’origine de
l’auxiliaire en collaboration avec des collègues locaux.
- 5) Ces tests sont répétés sur plusieurs années.
- 6) si l’auxiliaire remplit les conditions requises (spécificité,
impact, peut s’élever), un envoi d’échantillons vers une quarantaine
américaine a lieu. Nos collègues vont alors procéder a des tests
similaires. Si les résultats confirment ceux effectués en Europe, une «
pétition », c’est-à-dire une demande de lâcher ponctuel en plein champ,
est alors soumise aux instances réglementaires, qui statueront au vu
des arguments scientifiques et de l’analyse de risque jointe au
dossier. Les activités de recherche de l’EBCL s’arrêtent là. Le
programme continue d’exister aux Etats-Unis ; en effet, annuellement,
l’auxiliaire sera évalué quant à son impact sur la plante cible et à sa
capacité d’adaptation au nouvel environnement.
La démarche présentée ici pour un programme de LB reste bien sur
schématique, puisque de nombreuses autres études peuvent se greffer,
comme par exemple l’évaluation du pouvoir allélopathique, ou le
séquençage d’agent pathogènes ou d’espèces d’insectes afin de clarifier
le statut taxinomique.