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Les Ecologistes de l'Euzière

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Chapitre 2 : Une forêt : végétation naturelle de notre Midi

La mise en place de la forêt méditerranéenne

 
Ce chapitre est celui consacré à la découverte de la végétation naturelle de notre midi. Nous savons que le support de ces paysages végétaux est constitué de plateaux calcaires comportant de nombreux bassins marneux. Nous connaissons aussi les caractéristiques de notre climat : sécheresse estivale et chaleur. Reprenons le fil du temps et assistons d’abord à la mise en place de notre forêt méditerranéenne. Ce regard sur le passé est nécessaire pour comprendre la composition de la végétation de notre Midi, thème qui est abordé dans la deuxième partie de ce chapitre.

Que reste-t-il d’une plante ? Quoi de plus fragile qu’une feuille d’arbre ? Chaque année, emporte sa moisson. Elles tombent toutes à la fois, comme celles des platanes ou petit à petit comme chez le pin. La feuille est éphémère. Sur des millions d’entre elles, éparpillées, il ne restera rien. La nature fait parfois des clins d’œil. De véritables cadeaux à ceux qui l’étudient. A la suite de conditions physiques et chimiques très particulières et rares (une chance sur des milliards) l’extraordinaire a lieu : nous pouvons contempler de nos jours un limbe qui date de millions d’années... Le scientifique a trouvé un autre moyen, moins aléatoire, pour se représenter les paysages végétaux passés. Nous savons que pour se reproduire les plantes émettent de grandes quantités de grains de pollen. Il en tombe presque continuellement partout. C’est la “pluie pollinique” (d’où certains rhumes d’origine allergique...). Une masse énorme de ces grains est perdue. Mais une partie toutefois se fait “piéger” dans certains sédiments et peut ainsi se conserver. Au prix de manipulations complexes, le botaniste extrait ces pollens de leur gangue. Au microscope chaque plante étale les caractéristiques très particulières de son pollen. Vision féerique pour qui la contemple. Quelle richesse dans les variétés de détails que le vivant recèle ! Cette science est celle de la palynologie. Il existe quelques gisements languedociens où l’on a découvert de tels restes végétaux. Au nord, à Saint-Marcel-d’Ardèche et Saint-Laurent-des-Arbres près de Roquemaure (Gard), puis dans un triangle Remoulins, Avignon, Beaucaire on connaît quelques stations : Bégude-de-Saze, Domazan, Vacquières, Théziers ; au sud Pichegu (Roiron P. 1979 et Suc J.P. 1981), près de Saint-Gilles et à l’ouest Celleneuve et Montpellier même. Lentement, après étude de tout le matériel récolté, des graphiques s’élaborent dans lesquels les pourcentages des genres végétaux (2 Une plante a deux noms (ainsi que tout vivant) : celui de son genre, le premier et celui de son espèce, le second. Le scientifique bien souvent doit se contenter du nom de genre, plus général.) trouvés prennent place. Le paysage passé apparaît alors...

D’étranges Forêts “tropicales” Les travaux sur la recherche des flores anciennes (Laboratoire de Palynologie. U.S.T.L. Montpellier) permettent d’imaginer l’aspect de la végétation de notre Languedoc il y a 3 à 4 millions d’années (époque dite Pliocène). Comme de nos jours, la région étalait la palette de ses divers milieux. Collines sous-cévenoles, cours d’eau, franges littorales découpaient le paysage naturel. L’originalité de ces restes de plantes de l’époque, c’est leur richesse en espèces. Des forêts luxuriantes, denses, variées, véritables ensembles écologiques différents se partageaient le terrain. (Roiron P. 1979)

L’arrière-pays d’abord. Il était recouvert par une forêt où l’élément chêne domine, représenté par de nombreuses espèces. Tel celui à feuilles de châtaignier ; celui du Liban ; et même le chêne noir, à feuilles sessiles (qui tombent). Mélangés à ces chênes, des érables rouges, des charmes, des hêtres d’orient... Ensuite sur les bords humides des rivières se développaient des saules, aulnes, peupliers, platanes et bambous. Notre Chêne vert (le yeuse), le Chêne kermès et l’Erable de Montpellier étaient présents sur les collines calcaires.

Mais c’est vers le littoral que l’étrange apparaît... A proximité de la mer, sur les versants exposés à l’humidité, une forêt étonnante se développait. Des arbres aux noms étranges, exotiques étaient là : le CARYA (dont l’Hickory de l’Amérique du nord est un actuel représentant) ; le PTEROCARYA de la même famille, représenté de nos jours par des formes caucasiennes et perses ; le LIQUIDAMBAR (voisin du Copalme, essence chinoise actuelle) ; le majestueux GINKYO, cousin de cet “arbre aux 40 écus” de nos parcs. Enfin, dans cette forêt aux ramures inconnues on découvrirait les fûts énormes, géants de ces lieux, de “SEQUOIA” ou “SEQUOIADENDRON”, établis actuellement en Amérique du nord... La majorité de ces formes végétales ne se rencontrent de nos jours que sous des climats chauds et humides intermédiaires entre les climats tempérés et les climats tropicaux. Mais quel est-il donc ce Languedoc, en ces temps singuliers ? Quelle était l’origine d’une telle différence entre le climat d’aujourd’hui et celui, ancien, de cette forêt “tropicale” languedocienne ? La mer... toujours Elle ! Nous savons que la grande plaque africaine n’a cessé - et ne cesse encore - de se déplacer vers le nord (mouvement relatif par rapport à l’Europe). A l’origine, très vaste, il y a 25 millions d’années, la Téthys, était en relation, à l’est, avec les immensités liquides des océans Indien et Pacifique et à l’ouest, avec celles de l’Atlantique. On peut envisager (Bessedik M. 1985) le climat qui régnait en ces temps sur nos terres : II existait d’une part une importante nébulosité, un environnement nuageux marqué, résultant de la proximité de la mer et des températures plus chaudes (quasiment tropicales). D’autre part régnait sur nos régions une sorte de “mousson”. C’est-à-dire un ensemble de vents humides qui, partant de grandes étendues Téthysiennes, du sud donc, se déplaçaient vers le nord, vers nos contrées, pendant la “saison” chaude. De grosses pluies conféraient à notre “pays” tous les caractères d’une région tropicale. La tranche d’eau, annuelle, difficile à évaluer pouvait atteindre, voire dépasser, le mètre (Axelrod 1973).

Notre climat s’assèche Mais si ce mécanisme météorologique a bien lieu dans des périodes très anciennes, 25 à 15 millions d’années (Miocène inférieur et moyen) il n’en a pas été de même plus tard. En effet, l’Afrique entre maintenant, en collision avec l’Europe. Des montagnes surgissent : les Alpes en Europe, le Zagros en Iran, le Taurus en Turquie... La Téthys se ferme peu à peu et sa liaison avec l’océan Indien, à l’est, est rompue. Toute la climatologie de notre bassin intérieur est perturbée. Les précipitations deviennent globalement de moins en moins importantes et une saison sèche (été ?) peu à peu, se met en place. Ainsi apparaissent progressivement les éléments modernes de notre climat il y a 3 à 4 millions d’années. Cela va avoir de très grosses conséquences sur l’ensemble de la végétation de notre Languedoc. Les espèces “tropicales” énumérées plus haut se réfugient dans un premier temps sur les zones littorales plus humides. Puis elles s’éteignent peu à peu car ne pouvant supporter la sécheresse de l’été (et plus tard les froids secs quaternaires). Dans ces “niches écologiques” alors libérées vont maintenant apparaître puis s’épanouir des espèces plus tolérantes tels nos chênes (vert et coccifère), Pistachier (Térébinthe et Lentisque), Pilaire, Buis, Laurier (Suc J.-P. 1985)... Celles-ci étaient déjà présentes dans notre région mais leur développement était contenu par celui des espèces “tropicales”. Les plantes aussi ont leurs conflits...

Les froids du Quaternaire Notre monde va maintenant être gravement perturbé par un élément nouveau : le froid. En effet, depuis longtemps (Milankovitch en 1930 et Berger en 1978-1982) des physiciens ont recherché le mécanisme des causes de ces périodes glacées. Celui-ci est maintenant connu : l’excentricité de l’orbite terrestre, l’inclinaison variable de l’axe de notre monde et la précession des équinoxes (notre globe n’est pas parfaitement sphérique) sont les facteurs pouvant varier séparément ou simultanément avec des périodicités bien définies. Nous recevons alors les rayons solaires de façon différente, plus ou moins inclinés et il s’ensuit des variations de température. Paradoxalement, c’est celle de l’été qui est l’élément important. Si elle parvient à fondre la glace accumulée l’hiver nous entrons dans un épisode chaud. Sinon la glace s’accumulant, les pôles et les montagnes se recouvrent petit à petit de calottes de plus en plus épaisses et la température devient froide, très froide... Nous entrons alors dans une glaciation. Il devient facile de comprendre la répercussion de ce phénomène mondial sur... notre petite extrémité du Languedoc ! Notre flore va encore subir des vicissitudes. A partir de 2,4 millions d’années on perçoit le début de ces glaciations. Sans entrer dans les détails on a classiquement distingué quatre grandes phases glaciaires, chacune séparée par un stade interglaciaire à climat plus tempéré. Mais en fait, ce Quaternaire n’a été qu’une longue série d’oscillations climatiques froides-sèches ou tempérées-humides... Des empreintes de feuilles, grains de pollen ont été trouvés en plusieurs endroits dans le Quaternaire ancien : Bemasso, près de Lodève (Hérault) Saint-Martial près de la vallée de l’Hérault ; Durfort (près de Sauve - Gard -) et Castelnau-le-Lez (Dugrand R. 1964). On peut résumer et schématiser tous les événements botaniques complexes en disant que le froid sec a chassé définitivement les espèces qui, à 3 millions d’années, subsistaient seulement sur nos côtes, comme nous l’avons vu. Les épisodes froids se caractérisent dans nos régions par de véritables formations steppiques herbacées (type Armoise) sur lesquelles on pouvait trouver des pins sylvestres et des bouleaux. Pendant les interglaciaires plus tempérés, plus humides, une forêt à feuilles caduques (qui tombent) se mettait en place. (Suc J.-P. 1985) Parmi les espèces dominantes dans ces forêts nous rencontrons le Laurier, l’Erable de Montpellier, le Chêne blanc, le Chêne vert (Yeuse), le Pin, le Pilaire, le Buis... Des lianes mêmes telles la Clématite, le Smilax et la vigne sauvage s’accrochaient aux arbustes. Pendant les épisodes froids, ces formes végétales formant notre Forêt méditerranéenne se dissolvaient (Godron M. 1984) sur place, la forêt disparaissant. Mais à la faveur de stations privilégiées à microclimat plus clément, sorte d’îlots refuges, quelques représentants de notre flore subsistaient. La glaciation passée, tous ces éléments regagnaient rapidement leur aire originelle et la forêt de chênes à feuillage caduc (Vernet J.-L. 1985), alors, réapparaissait...

La reconquête “moderne” Notre longue histoire va entrer maintenant dans sa phase “moderne”. Au sens géologique bien sûr, c’est-à-dire, en gros 10 000 ans avant J.-C. Après la dernière glaciation, celle dite du Würm, nous allons vivre un moment important : celui du réchauffement progressif de notre région. C’est ce dernier qui va entraîner dans notre pays d’autres bouleversements. On peut considérer que ce réchauffement a eu deux conséquences extraordinairement importantes. D’abord, et c’est pour nous capital, le comportement de nos aïeux s’est transformé de façon radicale. De chasseurs-cueilleurs, nous le verrons, ces hommes sont devenus peu à peu agriculteurs-éleveurs. Ce climat nouveau qui s’installe, très agréable à vivre pour nos pères, a permis leur sédentarisation progressive. Nous verrons au chapitre III avec plus de détails cette évolution humaine et les conséquences graduelles et inévitables de celle-ci sur l’environnement végétal. Ensuite c’est l’apparition définitive de notre Forêt méditerranéenne. Ce réchauffement a été progressif. Il a duré 5 000 ans environ. Nous voyons donc le Chêne pubescent, se mettre en place en premier, avec comme compagne, l’Erable de Montpellier. Ces arbres ont un feuillage qui tombe en hiver. C’est un avantage certain contre les températures hivernales trop rigoureuses car l’arbre ne gèle pas. Puis une période chaude et sèche survient plus accentuée encore que celle de nos temps modernes. Les espèces à feuillage persistant, épais, coriace, telle le Yeuse et ses compagnes envahissent notre pays, le débordent même largement vers le nord, vers les régions Poitevines et Charentaises... De nos jours le voyageur descendant la vallée du Tarn, ou celle de la Jonte, découvre, étonné, des îlots perdus de cette flore méditerranéenne, souvenirs anciens que le temps effiloche de cet épisode fameux où le Yeuse était Roi... Aujourd’hui, dans un climat devenu un peu moins indulgent, la forêt méditerranéenne, rétractée, occupe le territoire que nous lui connaissons.

Page extraite de "Garrigues en pays languedocien" de Clément Martin. Pour en savoir plus : http://www.wikigarrigue.info Et aussi : http://www.foret-mediterraneenne.org/
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