Définitions du dépérissement forestier
Aspect descriptif : Le terme de dépérissement est avant tout un terme de symptomatologie : il se traduit par « une altération durable de l’aspect extérieur des arbres (mortalité d’organes pérennes, réduction de la qualité et de la quantité du feuillage) et une réduction de la croissance. La mort d’un certain nombre de sujets est observée, mais l’issue n’est pas obligatoirement fatale même si la situation est préoccupante » (Delatour, 1990) On considère comme dépérissant un arbre dont le houppier a perdu plus de 50% de sa ramification (mortalité, chute, réduction).
Aspect analytique : Une définition plus restrictive est celle des auteurs américains : « il s’agit d’un phénomène complexe évolutif, dans lequel interviennent des facteurs de plusieurs types : prédisposants, déclenchants et aggravants, en partie interchangeables »(Sinclair, 1964, 1967, Manion 1981)
Le réseau systématique de suivi des dommages forestiers objectif :évaluer et suivre au cours du temps « la santé des forêts » un réseau de 500 placettes au niveau national. 39 placettes en LR et 45 en PACA mise en place en 1986 suite au problèmes de pluies acides. Quelques résultats sur des espèces méditerranéennes sur l’évolution de 1997 à 2006 montrent une augmentation du pourcentage de déficit foliaire chez le Chêne pubescent, le Chêne vert, le Pin sylvestre, le Pin d’Alep, le Pin maritime mais également le Sapin pectiné. L’augmentation est particulièrement nette à partir de 2003.
Pins pignons Dépérissements observés sur Pins pignons au Muy dans la plaine des Maures. Suite à l’été 2003 on a observé de nombreux dépérissements dus à des stress hydriques sur conifères essentiellement. Si des feuillus ont également été touchés, il semblerait qu’ils aient mieux repris par la suite que les conifères.
Pin d’Alep Observation de dépérissement chez le Pin d’Alep dans le centre Var près de Draguignan. Le réseau systématique de suivi des dommages forestiers nous informe qu’en 2006, 80% des tiges de Pin d’Alep avaient des problèmes sanitaires majoritairement d’origine biotique. Pourtant cette espèce peut très bien supporter la sécheresse (200mm d’eau par an dans certaines régions d’Afrique du Nord). Il est ici en limite d’aire. Le Pin d’Alep devrait être une espèce qui profite du réchauffement climatique or ce n’est pas ce qu’on observe. On observe des dépérissements sur des peuplements relativement jeunes. Si ce pin est globalement en augmentation, il semble néanmoins avoir souffert de l’été 2003.
Chêne vert C’est une des espèces d’arbre qui supporte le mieux le stress hydrique. Il ne commence à dépérir qu’au bout de 4 à 5 années d’affilée de déficit en eau. Très présente en Afrique du Nord, cette espèce devrait également profiter du réchauffement climatique en théorie. Quelques dépéressiments observés en Corse et en PACA notamment, mais pas d’étude précise sur ce sujet.
Chêne pubescent Très présent à l’origine en zone méditerranéenne, il a fortement régressé depuis la sédentarisation de l’homme et le pastoralisme. Aujourd’hui en progression, c’est une espèce relativement bien adaptée à la sécheresse. Les dépérissements observés semblent pour l’instant essentiellement dus à la vieillesse des populations (peut-être aussi pour le chêne vert) Pin sylvestre Observation de dépérissements de Pins sylvestre dans le Haut-Var, sur la montagne du Lachens. Grosses surfaces (des taches de plusieurs dizaines d’hectares) avec très fort taux de mortalité. Ce phénomène est observé suite à 2003, sur des ubacs, des zones avec très peu de sols et sur des peuplements déjà fragilisés. Supposition : les arbres d’adret peut-être plus résistants à la sécheresse. Une étude sur la mortalité de Pins sylvestre en 2003 montre que les arbres de plaines sont morts du fait de la canicule, les arbres de montagnes plutôt du fait de la sécheresse. Les observations de terrain amènent à penser que la sécheresse a été un facteur déclenchant, et les maladies et les parasites qui ont suivi étaient des facteurs aggravants. Depuis 2003, cette partie du Var a subit 4 années sèches (pour l’instant, il n’a plu ici que 250 mm depuis le début de l’année 2007). On observe depuis 2007, un dépérissement continu et une forte mortalité sur Pin sylvestre. On observe beaucoup de gui. Le gui aurait monté en altitude de 200m en 30 ans.
Sapin pectiné Les peuplements de sapins pectiné sur l’ubac du Lachens, sont ici en limite d’aire sud. Des dépérissements importants sont observés depuis 2003.
Le réchauffement climatique en zone méditerranéenne On observe une augmentation constante de la température moyenne annuelle, une stabilisation des précipitations, une augmentation d’épisodes majeurs ponctuels (comme sécheresse de l’été 2003).
Dépérissements dûs à la pollution Des études récentes semblent confirmer que des traces de pollution essentiellement à l’ozone sont présentes sur les peuplements forestiers de l’arrière-pays méditerranéen (à cause des déplacements par le vent des nuages d’ozone depuis les plaines puis dépôts sur les forêts des premiers reliefs). Cette pollution est aggravée par la canicule. Cette pollution pourrait également la cause de dépérissements observés à ce jour essentiellement en zone méditerranéenne. Les pins sont les espèces les plus sensibles.
Conséquences du réchauffement sur la végétation On a pas encore de résultats d’études sur la remontée d’espèces du fait du réchauffement climatique. Des résultats existent néanmoins sur la vigne à partir de l’évolution du degré, des dates de vendanges... La dynamique de végétation amenant à une reforestation est très importante et pourrait peut-être cacher les effets plus discrets du réchauffement climatique.
Etude faite dans le Valais en Suisse Des dépérissements très importants de Pins sylvestres ont été observés en Suisse suite à l’été 2003. L’institut fédéral de recherche WSL a lancé une étude sur ce sujet qui a duré 4 ans et mobilisé plus de 80 chercheurs de domaines différents. Voici leurs conclusions « Bilan : L’observation modélisée de la dynamique du dépérissement des pins repose sur une classification des facteurs d’affaiblissement de la vitalité en facteurs de stress précurseurs, déclencheurs et finaux. La somme des facteurs précurseurs et déclencheurs détermine la capacité de résistance de l’arbre. En fonction de la capacité de résistance du pin, un facteur final relativement faible peut causer sa mort. En fin de compte, c’est donc la combinaison des facteurs qui définit si le pin sylvestre meurt et quand. » Voici ci-dessous les facteurs du dépérissement du Pin (les facteurs accompagnés d’une * sont influencés directement ou indirectement par les modifications du climat) Facteurs précurseurs : vieillissement de l’arbre, concurrence dans le peuplement, sécheresse générale*, infestation par le gui*, forage de maturation* (par ex. Hylésine du Pin) Facteurs déclenchants : période de sécheresse* (par ex 1976, 1990, 1996, 1998, 2003), forage de ponte des insectes* (par exemple Bupreste bleu du pin, Scolyte acuminé), Champignons pathogènes* Facteurs finaux : Infestation par le gui*, forage de ponte des insectes*, champignons pathogènes*, Nématodes*
L’étude montre également que la tendance de régénération du Pin sylvestre est à la dégradation même sur des espaces à coloniser alors que le Chêne pubescent a une tendance à la régénération en très forte hausse. D’où le titre de cette étude : « Les chênes pubescents chassent-ils les pins sylvestres valaisains ? »
Conclusions générales de la journée : 1- on observe de très nombreux dépérissements depuis 2003 essentiellement sur des Pins 2 - ces dépérissements semblent avoir un lien direct avec l’épisode majeur de sécheresse et canicule de 2003 suivi d’autres années sèches 3 - néanmoins c’est un faisceau de facteurs qui peuvent expliquer ces dépérissements spectaculaires. D’où la nécessité de classifier ces facteurs en facteurs précurseurs, déclencheurs et finaux. 4 - de nombreux facteurs semblent influencés directement ou indirectement par les changements climatiques 5 - mais d’autres facteurs sont également en jeux : le vieillissement des arbres et la dynamique de végétation amenant à une concurrence avec d’autres espèces notamment les chênes
Quelques réflexions à en tirer au niveau des garrigues : si le Pin d’Alep peut encore continuer à coloniser de nouveaux espaces, que vont devenir les pinèdes actuelles. Les effets combinés de dynamique de végétation et de réchauffement climatique peuvent amener des mortalités importantes et rapides de ces pins. Et même si les chênes prennent le relais, on va avoir des risques incendies encore plus importants du fait de l’augmentation de bois mort (Cf : ce qui se passe dans le Var) et de grands débats en perspective sur le paysage. rester attentif sur ce qui se dit sur les effets du réchauffement climatique sur les chênaies, car notre paysage va continuer à se couvrir de chênes verts et pubescents (journée de terrain avec Forêt méditerranéenne à Puechabon sur ce sujet) dans notre discours, essayer de bien différencier la dynamique de fermeture du milieu qui amène à un recul des espèces de milieu ouvert (qui sont des espèces méd. mais pas que) et à une avancée des espèces forestières (qui sont des espèces médio-européennes mais pas que) et la possibilité de remontée d’espèces (forestières et/ou de milieu ouvert) due au réchauffement climatique. Également dans le discours, le changement climatique n’amènera pas forcément à une désertification mais pourrait plutôt se traduire par un changement des cortèges d’espèces. Lien avec l’ONEM, à plusieurs fois les cigales ont été citées comme preuve observée d’un réchauffement climatique, il me semble qu’on a là un groupe d’espèces indicatrices très intéressants. Elles sont dépendantes directement des températures pour leur sortie, elles sont faciles à contacter, les variations tant au niveau de l’atitude que de la lattitude peuvent être facilement observées et il existe des espèces plus forestières et d’autres plus de milieu ouvert pour faire le parallèle entre évolutions climatiques et évolutions du couvert végétal.
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